Comment préparer sa retraite : Perp, Madelin, assurance-vie, …

Comment préparer sa retraite : Perp, Madelin, assurance-vie, ...Le plan d’épargne-retraite populaire (Perp), le contrat Madelin, … Plusieurs produits de préparation de la retraite existent sur le marché, mais ils n’ont pas eu le même succès de l’assurance-vie. Voici les avantages et les inconvénients de chacun de ces produits pour en choisir celui qui vous convient en terme de déductibilité fiscale, rentabilité financière, flexibilité des contrats, …

C’est presque une lapalissade, mais la retraite est une étape qui préoccupe de plus en plus les Français. La réforme Fillon en 2010 a enterré les dernières illusions des ménages en la matière: les actifs seront amenés bon gré, mal gré à prendre leur retraite de plus en plus tard et pour un niveau de pension beaucoup plus faible que pour les générations précédentes. En cause, une évolution démographique qui fait que le temps passé à la retraite s’allonge, avec tille moyenne estimée actuellement à environ vingt cinq ans et un nombre d’actifs voué à diminuer. Ce qui oblige les pouvoirs publics à réformer les bases du système par répartition.
Autrement dit, un travailleur prévoyant à tout intérêt à se prendre en charge et financer par lui-même le montant de sa future retraite.
Selon un sondage récent du Cercle des épargnants, près d’un Français sur deux déclare épargner pour sa retraite. Sans réelle surprise, le placement choisi par les ménages est l’assurance-vie : 51 % des souscripteurs mettent en avant ce motif, bien avant le fait de se constituer une réserve d’ argent en cas de coup dur (40%) ou le fait de préparer sa succession (26%).

Des dispositifs spécifiquement dédiés à la retraite
Il existe pourtant des produits spécifiquement dédiés à la retraite.
Sur le plan collectif, il existe le Perco, le plan d’épargne-retraite collectif, qui plaît surtout en raison de la possibilité qu’a l’employeur d’abonder les cotisations versées par ses salariés.
Sur le plan individuel, deux solutions existent. La première, exclusivement réservée aux travailleurs non salariés existe depuis l’adoption de la loi Madelin en 1994. La seconde résulte de la loi Fillon de 2003, qui a permis la création du Perp, le plan d’épargne-retraite populaire, un dispositif de préparation à la retraite ouvert à tous.

Pour autant, aucun de ces deux contrats ne connaît le succès rencontré par l’assurance-vie. La raison principale évoquée par beaucoup d’assureurs tient au fait que ces deux produits ne permettent une sortie qu’en rente viagère. Autrement dit, l’épargnant perd la main sur le capital qu’il a accumulé au cours de sa vie professionnelle. Un défaut considéré comme rédhibitoire par un grand nombre de ménages. Malgré une certaine rigidité de fonctionnement, ces contrats ne manquent pourtant pas d’atouts.

60% des TNS détiennent un contrat Madelin
Selon les dernières statistiques de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), près de 88000 nouveaux contrats Madelin ont été souscrits an titre de l’année 2011. Au global, ce sont près de 960000 Madelin qui ont donc été souscrits par des indépendants pour un encours total de 20 milliards d’euros.
En terme de collecte, le marché est plutôt dynamique et fait état d’une progression de 7 % par rapport à 2010. Les indépendants ont versé près de 2,3 milliards sur leurs contrats en 20 Il. Le marché est essentiellement dominé par de gros acteurs: Generali, La Mondiale, Axa, Swiss Life ou encore GroupamaGan représentent près de 70% du marché, le reste étant partagé par des acteurs de taille plus modestes, comme les mutuelles ou certaines associations d’épargnants.
Il s’agit pourtant d’un marché assez concurrentiel, car la clientèle des travailleurs non salariés (TNS) est prisée des réseaux commerciaux. «La cible à laquelle s’adresse le Madelin est plus sensible au sujet de la retraite car elle bénéficie d’un régime de base qu’elle sait insuffisant, souligne Claire Davy, responsable du département marketing chez Ageas France. De plus, les travailleurs non salariés sont le plus souvent des clients à fort potentiel, plus sensibles aux thématiques patrimoniales et qui peuvent donc être fidélisés avec des offres complémentaires.»

La phase d’épargne rend le produit contraignant
Il y a plusieurs phases dans un contrat Madelin, La plus importante est la phase d’épargne durant laquelle le TNS a l’obligation de verser annuellement sur son contrat un montant minimum déterminé au préalable avec son conseiller. Dans la mesure où les indépendants, contrairement aux salariés, n’ont aucune certitude d’obtenir des revenus réguliers, il est possible de moduler le montant de la cotisation sur une échelle de l à 10. Tout arrêt de paiement expose à un redressement fiscal sur les cinq dernières années, il est donc nécessaire pour le TNS de bien évaluer ses besoins et de ne pas s’engager sur un montant trop faible qui ne lui permettra pas de se constituer une rente conséquente ou, en sens inverse, un montant trop élevé qui pourrait menacer son activité s’il ne tient pas le rythme. Donc, tout est affaire de mesure, mais l’aide du conseiller est généralement indispensable pour faire une évaluation correcte des besoins en retraite et de l’effort d’épargne pour y parvenir.

Une incitation fiscale forte à l’entrée
Les détenteurs de contrats Madelin peuvent déduire de leur bénéfice avant impôts les cotisations versées. Les plafonds de déductibilité étant calculés par rapport au plafond annuel de la sécurité sociale (Pass), ceux-ci évoluent chaque almée. Pour 2012, la règle est la suivante : les cotisations sont déductibles jusqu’à lO% des revenus imposables dans la limite de huit fois le plafond annuel de ‘la Sécurité sociale, soit 3 637,20 euros. Aces 10% s’ajoutent 15 % des revenus du TNS, compris entre un et huit fois le Pass, soit un maximum déductible de 67 288 euros pour 2012. Selon les statistiques de la FFSA, l’encours moyen des contrats en cours de constitution d’épargne est de 20 OOO€, soit une hausse de 5% par rapport à 2010.

Des contrats dont les paramètres techniques se sont enrichis
Le contrat Madelin étant apparu en 1994, il a connu diverses modifications. Les contrats d’origine étaient le plus souvent mono support, avec seulement un fonds en euros, et disposaient de peu d’options en terme de rente, puis les assureurs ont progressivement enrichi les paramètres techniques du contrat : adjonction de supports boursiers, ajout d’options de gestion pour dynamiser ou au contraire sécuriser les plus-values, enfin des possibilités de sorties en rentes plus nombreuses, comme la possibilité pour le conjoint du TNS de bénéficier d’une partie, voire de la totalité de la rente constituée par ~e souscripteur s’il venait à décéder. Ou encore de mettre en place des annuités garanties, le principe de cette option étant de garantir, quoiqu’il arrive, le versement d’une rente sur une durée minimum fixée entre cinq et vingt ans aux ayants droit du souscripteur.
Sur le plan des frais, ils sont souient plus élevés que sur une assurance-vie classique. Par exemple, le contrat Mondial Retraite Professionnels d’AG2R La Mondiale affiche des frais sur versement de 4,50%, le contrat Cardif Retraite Professionnels Plus prend des frais d’entrée de 4,75 %. Du côté de Generali, le contrat La Retraite 08, qui pèse pour près de 20 % sur le marché du Madelin, enregistre des frais de 4,95 %. Un niveau qui détonne si on le compare aux frais pris en assurance-vie, qui ont nettement eu tendance à diminuer ces demi ères années. «Ces Fais pris à l’entrée- ne sont pas négociables, ils se justifient par le fait qu’une démarche commerciale est plus technique et nécessite plus de savoir-faire que sur des contrats d’assurance-vie classiques, détaille Olivier Poncin, directeur des solutions d’assurances sur le marché des professionnels et des petites entreprises chez Generali. De plus, contrairement à ce qui se passe en assurance-vie, les réseaux commerciaux dédiés aux Madelin sont rémunérés majoritairement sur les frais d’entrée, et non sur les fiais sur encours.»
Si tous les contrats disposent du même avantage fiscal lors des versements, ils sont très différents techniquement d’un assureur à l’autre. Par exemple, dans beaucoup de contrats, il est difficile d’estimer le montant de rente que l’on touchera à la retraite, dans la mesure où le capital accumulé sur le contrat est converti in fine en rente selon le barème de conversion en vigueur. La rentabilité du contrat ne peut alors être appréciée qu’au moment du versement de la première rente. Le produit de Generali est bâti sur un modèle différent puisque le souscripteur sait dès la souscription quel montant de rente il obtiendra selon son effort de versement. La. spécificité du contrat est donc d’octroyer immédiatement à l’assuré une fraction de rente (appelée également pied de rente) pour chacune de ses cotisations versées. Certains assureurs peuvent également s’engager en garantissant que la table de mortalité utilisée pour convertir le capital en rente viagère sera la même qu’au moment de la souscription, alors que la plupart ne s’engagent qu’au moment de la liquidation de la rente, qui a souvent lieu des décennies plus tard et se f ait à des conditions de conversion moins intéressantes en raison de l’allongement de l’espérance de vile. «Lorsqu’il choisit un contrat Madelin, un travailleur non salarié doit être vigilant sur plusieurs points: être sûr que l’assureur s’engage contractuellement à garantir la table de mortalité et qu’il ne la modifiera pas plus tard. faire également attention au taux technique utilisé lors du versement de la rente et vérifier que les garanties de prévoyance du contrat prévoient une exonération des cotisations en cas d’incapacité. Autrement dit, c’est l’assureur qui prend le relais dans le versement des cotisations en cas d’arrêt de travail», explique Marc Saad, directeur général du cabinet Vaillance Courtage, spécialisé dans la retraite du TNS, et qui vient de lancer un appel d’offres auprès de différentes compagnies d’assurances pour disposer d’un contrat Madelin labellisé qui prenne mieux en compte le risque de dépendance.

Le Perp peine à trouver son public
Du côté des solutions retraite à destination du grand public, il convient de mentionner le plan d’épargne-retraite populaire. Créé par la loi Fillon du 21 août 2003, ce sont surtout les réseaux bancaires qui ont sorti l’artillerie lourde pour Sa commercialisation en 2004. Selon les dernières statistiques de la FFSA, au cours de l’année 2011, 60 000 nouveaux plans ont été souscrits par les particuliers. Ce qui porte le nombre de plans en cours à 2,1 millions, soit une progression de 1% en un an. En tenues d’encours, le Perp concentre 7,5 milliards d’euros. Les souscripteurs y out versé l’équivalent de 1,1 milliard d’euros en 2011.
Sur le plan technique, le contrat fonctionne un peu à la manière du Madelin. Durant la phase d’épargne, les sommes placées sont investies selon l’objectif de l’épargnant sur un fonds en euros ou sur des unités de comptes. Au moment du départ à la retraite du souscripteur, le capital est converti en rente viagère. A l’instar du Madelin, le Perp bénéficie d’un avantage fiscal à l’entrée: il permet au souscripteur de déduire de son revenu imposable les sommes investies dans le contrat, dans la limite de 10% de ses revenus professionnels perçus l’année précédente et de huit fois le Pass.
Pour 2012, le Perp permet donc de déduire au minimum 3535 euros et au maximum 28882 euros. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer le peu de succès du Perp auprès des épargnants. Beaucoup de réseaux bancaires l’ont commercialisé auprès d’une clientèle peu ou pas imposée, alors qu’il n’est intéressant que pour les contribuables, dont le taux marginal d’imposition est de 30 ou 41%.
Même si le Perp s’adresse autant aux salariés qu’aux non salariés, il est concurrencé pour ces derniers par le Madelin qui bénéficie d’une meilleure déductibilité fiscale à l’entrée. Enfin, si le Perp bénéficie d’une fiscalité avantageuse lorsque l’on y effectue des versements, il ne faut pas oublier que les revenus sont imposés à la sortie. La rente perçue lors de la retraite est imposable comme une pension et soumise à des prélèvements sociaux de 8,1 %, ainsi qu’au barème de l’impôt sur le revenu.

Les modalités de sortie du Perp assouplies
Les sommes versées sur un Perp sont bloquées jusqu’au départ en retraite du souscripteur. Il ne pouvait au départ récupérer les sommes qu’en cas d’invalidité ou de chômage prolongé. Depuis 2010, il peut aussi le faire si son conjoint, ou son partenaire pacsé, décède ou encore s’il est en situation de surendettement. Des dispositions également valables pour le contrat Madelin.
Toutefois, à la faveur de l’adoption de la loi sur la réforme des retraites, les pouvoirs publics ont introduit pour les Perp une possibilité de sortie partielle en capital à hauteur de 20%. Encore faut-il que le contrat le prévoie, car le texte de loi applicable n’est pas impératif. Mais certains réseaux ont pris en compte ce changement, à l’instar d’Ageas France et de son contrat Gaipare Zen (pyramide de Bronze 2012 d’Investissement Conseils dans la catégorie Perp sur trois ans).
Un assouplissement qui peut être de nature à redonner une seconde jeunesse au produit, même s’il ne faut pas occulter le fait que la faible concurrence existant sur ce marché ne devrait pas inciter les réseaux bancaires à modifier massivement les règlements des plans.

Performances des contrats retraite et de l’assurance-vie comparables chez les indépendants
Lorsque l’on compare les performances financières des contrats retraite et celles de l’assurance-vie, on se rend compte qu’elles sont: assez similaires.
Les meilleurs contrats d’assurance-vie ont affiché lm rendement de 3,75% pour 2011. Au niveau des Madelin, le meilleur a donné du 3,76%. En ce qui concerne les Perp, certains ont pu afficher des performances flatteuses, à l’instar du Perp du Conservateur dont le fonds euros a servi du 4% en 2011.
Mais le canal des conseillers en gestion de patrimoine indépendants est spécifique et ne reflète pas l’intégralité de ce qui se passe sur le marché. Ainsi, au niveau des réseaux grand public, beaucoup de Perp sont allégrement passés sous la barre des 3% et affichent une rentabilité inférieure à celle de l’assurance-vie. Des différences que les assureurs justifient par le fait que le Perp fait l’objet d’une gestion contraignante ; les actifs comptables étant cantonnés, les portefeuilles ont dû être constitués en 2004. Au niveau des Madelin, les performances sont meilleures du fait que le contrat existe depuis 1994 et que les assureurs ont pu se constituer un portefeuille d’actifs plus rémunérateurs.
Mais l’avantage principal des contrats Madelin ou des Perp réside dans le fait qu’il est possible de les transférer auprès d’un autre assureur. Une façon de fluidifier le marché et de ne pas rester bloqué avec lm contrat devenu peu performant. Ce qui reste impossible à faire avec un contrat d’assurance-vie classique au grand dam des épargnants titulaires de contrats anciens et dont les rendements ne sont plus en adéquation avec ceux en cours de commercialisation, mais qui, du fait de la fiscalité applicable après 70 ans, se retrouvent bloqués avec leurs contrats.

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