Tendances business et idées qui cartonnent en période de crise

Idées et tendances business entreprise PME-TPE Anti-CriseIndicateurs au rouge, croissance en berne, prévisions économiques très pessimistes … L’année 2012 démarre dans une ambiance que l’on peut qualifier pour le moins de morose. De quoi plomber un peu plus le moral déjà pas très élevé des entrepreneurs.
Pourtant des signes persistent qui mettent à mal cette tendance hexagonale à la sinistrose. A commencer par le maintien dans notre pays d’une propension élevée à la création d’entreprise, comme le révèle notre palmarès, encouragée par un niveau très bas des défaillances à rebours de toutes les prévisions défaitistes qui fleurissent çà et là.

Savoir-faire stratégique
Surtout, de nombreuses entreprises parviennent à affronter la crise et même il se développer en laissant derrière elle leurs concurrents enlisés. Leur recette? Quelques règles de bon sens et un réel savoir-faire stratégique, une capacité certaine à innover, un sens aigu du commercial et de la qualité du service client.

Nous avons sélectionné ainsi douze entreprises qui ont fait la preuve de leur pugnacité et ont su trouver les ressources pour mettre le cap au large par gros temps. En misant sur l’échelon local et la proximité avec le client, comme l’a fait Jean-Philippe Bosnet, président de Paritel, spécialiste des télécommunications pour les TPE-PME.
En simplifiant son offre pour simplifier la vie de ses clients sur le modèle de l’agence web Backelite, dont le logiciel permet d’adapter n’importe quel site web aux plates-formes spécifiques pour chaque écran (télévision connectée, tablette, smartphone), quel que soit le système d’exploitation.

Ou encore en montant en gamme à l’instar des coffrets-cadeaux de Wonderboxou en ciblant des marchés de niche.
Autres bottes secrètes, le positionnement sur des marchés porteurs (le sport, la sécurité) et la prise en compte des tendances consuméristes qui structurent en profondeur la société française (la primauté du made in France, la priorité accordée aux prix low-cost, la nécessité de s’inscrire dans des démarches de développement durable qui font sens).

Enfin, certaines PME n’hésitent pas à s’arrimer à de plus grands navires pour filer sousle vent comme la petite bretonne Agrauxine, alliée au géant allemand Bayer.

Autant d’exemples qui prouvent, s’il le fallait, que c’est souvent au milieu de la tempête que se révèlent les plus beaux talents entrepreneuriaux.

  • Rachetez et relancez une entreprise

Du fait de la crise, le nombre de cédants d’entreprise a tendance à baisser. Et paradoxalement, la quantité de repreneurs potentiels augmente. Selon le CRA (Cédants et repreneurs d’affaires), le marché de la reprise concerne chaque année quelque 17 000 entreprises, des structures de 5 à 100 salariés.
Mais, à y regarder de plus près, l’association estime, dans son dernier Observatoire de la transmission, que « le marché ouvert de la transmission externe des PME-PMI représente environ 7 000 entreprises par an », En période de restriction économique, les repreneurs sont motivés par des opportunités financières plus fortes. Côté cédants, on a tendance à jouer davantage la montre.

Résultat, des deux côtés la prudence est de mise. Au menu: discussions plus longues entre les parties, phases d’observation étendues, audits mieux bordés et négociations plus serrées. « J’ai étudié très sérieusement une trentaine de dossiers et .rencontré au final cinq patrons », se souvient Eric Fiessinger, aujourd’hui à la tête de New-Tone une entreprise spécialisée dans le prototypage de flacons de parfums et dans la fabrication de maquettes d’architecture. Depuis qu’il a repris cette petite structure parisienne de 20 salariés en 2005, l’ancien dirigeant du groupe Pernod a doublé le chiffre d’affaires à 5 millions d’euros et recruté six nouvelles personnes.

  • Faites alliance avec plus gros que vous

Pas toujours facile de trouver les bons distributeurs pour vendre en B to B. Surtout lorsqu’on est une PME. Les grands groupes ont longtemps joué les bons Samaritains en proposant à leurs sous-traitants de les emmener dans leurs bagages sur les marchés étrangers. Cette méthode permet au « petit» fournisseur de se familiariser avec l’international mais le limite dans sa liberté d’action, le contraignant à évoluer dans le sillage de son donneur d’ordres.

En France, le système est pratiqué dans les secteurs de l’automobile, des télécoms, de l’aéronautique ou de l’industrie pétrolière, avec une certaine réussite, comme en témoignent les performances d’Astellia (optimisation des réseaux de téléphonie mobile), qui s’est internationalisée en se branchant d’abord sur Orange en Afrique, ou de Figeac Aéro (sous-traitant aéronautique), qui vole de succès en succès dans le sillage d’Airbus.

La démarche adoptée par la petite entreprise bretonne Agrauxine est plus innovante et pourrait faire des émules. Cette société évolue dans le secteur du bio-contrôle: elle propose des traitements biologiques des végétaux, en alternative aux produits chimiques.

Pour accélérer la diffusion d’Esquive. son vaccin vedette contre les maladies de la vigne, le PDG Antoine Coutant n’a pas hésité à frapper à la porte du géant allemand Bayer.

  • Montez en gamme pour doper les ventes

«La montée en gamme de nos coffrets-cadeaux nous a permis de faire face à la crise économique. Mais aussi d’accroître nos ventes de 40 % par rapport à 2010. Nous avons ainsi gagné dix points de part de marché avec une pénétration de 36%, contre 46% pour Smartbox, notre principal concurrent», se réjouit Bertile Burel, co-fondatrice de Wonderbox avec Jacques-Christophe Blouzard, son mari et compagnon de la première heure dans cette aventure qui a débuté en 2004.

Autant dire que Smartbox et Wonderbox, les deux leaders du coffret-cadeau ne se font pas de cadeaux sur un marché où des outsiders ont eu leur temps de gloire, puis ont disparu. Mais quels sont donc les secrets de la réussite de ce couple d’entrepreneurs aussi à l’aise à l’avant-première du film Happy New Year que sur une planche de surf à Hawaï?

« Nous avons négocié des partenariats exclusifs d’exception, confie Bertile Burel. Avec Michelin, pour la gastronomie et les séjours. Avec Cinq Mondes et Elle pour le bien-être etl a beauté. Ainsi, nous vendons des coffrets « Escapade gastronomique » estampillés Michelin à 279 euros. En 2011, nous avons lancé le coffret « Séjour de rêve » à 389 euros la nuit pour deux personnes. C’est une offre premium qui marche bien, car il y a des gens qui veulent faire de « gros » cadeaux en dépit d’une conjoncture maussade.»

Par ailleurs, Wonderbox a tout particulièrement soigné ses relations avec ses partenaires et ses clients tout au long de l’année 2011. Les partenaires les plus actifs ont été récompensés par un « cadeau de Noël », Côté clients, les coffrets peuvent être échangés ou prolongés gratuitement. Et à l’heure des call centers à l’étranger, Wonderbox maintient un service client interne installé au siège à Paris. Question d’image et de prestige. Bien sûr, tous ces efforts ont un coût, mais la différence avec les concurrents a été déterminante l’an passé. « Nous avons un taux de satisfaction de 95 % à la suite de nos enquêtes », met en avant Jacques-Christophe Blouzard, Autre point fart de Wonderbox et non le moindre: le packaging, La charte graphique a été modifiée en septembre dernier afin de mieux coller aux codes du luxe.

Les coffrets-cadeaux ont désormais tous urïe pochette noire, rehaussée de rouge, de rose ou de vert, selon l’activité. » Dans l’inconscient des clients, le noir est associé au chic, à l’élégance. A cela s’ajoutent les étoiles qui incarnent notre base line « réalisateur de rêves » », explique la PDG. La publici té reprend la même idée de moments d’exception.
A Noël 2011, on voyait ainsi un jeune couple enlacé devant une yourte, en équilibre sur une pile de coffrets-cadeaux, face à un ciel étoilé. Aventure, amour, humour. Les trois ingrédients d’une nuit inoubliable façon Wonderbox.
«Pour monter en gamme, Wonderbox a compris qu’il fallait jouer sur le marketing expérientiel, commente Christophe Rioux, directeur du pôle luxe & création à l’ISC de Paris. Le prix n’est pas le seul symbole de la montée en gamme, mais aussi et de plus en plus l’expérience inédite. Dans une société où il y a surabondance d’objets de luxe, les consommateurs recherchent des moments cl’ exception. La marque de voitures Audi l’a très bien compris en invitant ses meilleurs clients à des dîners avec des acteurs connus.» Une idée que l’on verra peut-être reprise dans un coffret-cadeau?

  • Misez sur un service essentiel au client

Créée en 2003 et aujourd’hui… presque 1000 collaborateurs .. Avec une telle croissance, pas surprenant que la société Crèche Attitude ait été choisie pour faire partie de la très sélective communauté Oséo Excellence. Son créneau? L’installation de crèches d’entreprise, de l’étude de faisabilité à la gestion de la structure,

Ce business ne fait pas partie de ce qu’on appelle les services à la personne au sens de la définition française, très stricte, qui ne reconnaît comme tels que les prestations fournies à domicile. Et pourtant. Avec la pénurie de places en crèches municipales, et les contraintes liées aux horaires de travail, nul doute qu’il s’agit d’un vrai service rendu aux jeunes parents salariés. « Nous gérons actuellement 86 établissements répartis dans toute la France, indique la présidente Maïlys Cantzler. Mais lorsque nous nous sommes lancés il y a quelques années, il a fallu faire un vrai travail d’évangélisation auprès des directeurs de ressources humaines. Certains confondaient crèches d’entreprise avec pépinières d’entreprise. D’autres pensaient que nous vendions des crèches de Noël avec des petits santons!»

Aujourd’hui, la garde d’enfants par des structures privées est entrée dans les mœurs. Crèche Attitude partage ce marché en plein essor avec d’autres acteurs, comme Babilou, La Maison Bleue, Baby&Co, Léa & Léo … Des entreprises toutes membres elles aussi d’Osée Excellence…
Si Maïlys Cantzler n’avait pas choisi cette voie, elle aurait quand même opté pour les services il la personne. « Sûrement quelque chose autour du handicap, présume-t-elle. C’est un sujet auquel je suis très sensible, pour des misons personnelles. La question des personnes adultes handicapées qui ont passé l’âge d’habiter chez leurs parents, mais ne peuvent résider à l’hôpital est un vrai problème, »
En fait, là où l’État n’est pas à la hauteur, le secteur privé a des non communiqué places à prendre.

Autre vrai potentiel de business: les services aux seniors. Crise ou pas, l’augmentation des opportunités sur ce créneau est statistiquement obligatoire, du fait du vieillissement de la population. A noter que la hausse de la TVA de 5,5 % à 7% décidée en cette fin d’année pour les services à la personne ne concerne pas les prestations liées aux: gestes essentiels du quotidien des personnes âgées dépendantes ou handicapées. L’amendement de la commission des finances de l’ Assemblée visant à réduire les avantages fiscaux pour les « services de confort » (jardinage, dépannage informatique, … ) est finalement passé à la trappe.

  • Jouez l’hyper-Local

La réalité de la crise oblige les entreprises à resserrer les boulons et à se tourner vers des prestataires dont les offres sont plus rentables. Dans ce contexte, la proximité représente un atout réel car les clients peuvent compter sur une plus grande qualité de service et un meilleur accompagnement localement.

Un critère déterminant quand il s’agit de faire appel à des prestations techniques complexes comme la téléphonie d’entreprise. Avec 41 agences réparties dans toute la France, Paritel est devenue aujourd’hui le leader des télécoms de proximité pour les TPE/ PME à travers des offres de téléphonie fixe, mobile et internet.

« Les petites entreprises ont besoin de professionnels à leurs côtés qui leur permettent à la fois de réaliser des économies sur leur budget télécom et de profiter d’un accompagnement personnalisé, affirme Jean-Philippe Bosnet, président de Paritel. Chez nous, le client n’a pas affaire à un call center installé à l’autre bout du monde, mais à un support situé près de chez lui.» Ce qui n’empêche pas l’opérateur d’assurer de la télémaintenance.

Avec 500000 terminaux installés dans 35000 entreprises clientes, Paritel continue d’assurer son déploiement régional. Cette année, l’opérateur annonce 300 recrutements de conseillers commerciaux et l’ouverture de quinze agences.

Côté technique, pas de sous-traitance. « Les ingénieurs sont intégrés en interne, précise Jean-Philippe Bosnet, ce qui garantit l’expertise et la réactivité de l’entreprise.» Grâce à la mise en place d’une facture unique et à l’installation d’une HotLine capable de répondre aux clients en moins d’une minute, l’opérateur de proximité simplifie et rassure. Des arguments qui font mouche en période de crise. « II faut une proximité permanente avec les clients pour bien connaître leurs besoins », rappelle Jean- Philippe Bosnet.

  • Simplifiez, vous êtes sûr de gagner!

«Easy does it»! Et si c’était la botte secrète des grands? Simplifiez la vie de vos clients et vous les conquerrez ou les fidéliserez. Apple a rendu l’informatique simple à l’utilisateur en améliorant l’interface et l’usage. Avec sa devise, « Sense and Simplicity », Philips a refondé son image de marque sur la simplicité. La valeur a le vent en poupe.

« Et si on vous simplifiait l’internet mobile », c’est aussi la promesse du logiciel BkRender lancé par l’agence web Backelite. Cette entreprise créée voilà cinq ans (et qui vient d’intégrer le groupe Cap Gemini) propose un logiciel qui adapte un site web aux plates-formes spécifiques à chaque nouvel écran : télévision connectée, tablette ou smartphone, Android, BlackBeny, iPhone, Windows Phone 7 … tous ces mobiles requièrent une appli, un développement et un budget différents alors que la marque est la même.

Le consommateur, lui, veut pouvoir retrouver son journal, la page d’accueil de sa banque ou celle de la SNCF quel que soit l’écran utilisé pour se connecter. Le logiciel BkRender s’adapte à toutes les gammes de terminaux du marché. Les équipes internes du client peuvent se l’approprier en 48 heures. « Cette simplicité nous permet de réduire le « churn », le taux de déperdition des clients », explique Sébastien Berten, le PDG. Le logiciel est devenu en quelques mois un best-seller: il est numéro un dans le monde bancaire et a conquis aussi bien Voyages SNCF, les Pages Jaunes, Vente Privée, Meetic que Le Point ou Le Nouvel Obs … Même des concurrents, SSII et autres agences web l’achètent « De toute façon, la croissance du marché est si rapide dans le mobile que nous ne pourrions recruter les ressources assez vite pour y répondre.» Le PDG de Backelite a donc trouvé plus simple (et rémunérateur !) de vendre son savoir-faire aux concurrents! Traduction en termes de business: un chiffre d’affaires :2011 en hausse de 55 % et un résultat net positif.

  • Investissez dans le secteur du sport

Dans les années à venir, le secteur du sport restera en grande forme malgré les perturbations économiques persistantes. Le pronostic émane du célèbre réseau PwC. Dans une étude publiée en Décembre dernier sur les perspectives du marché mondial du sport, le groupe d’expertise-comptable et de conseil prévoit une croissance moyenne du chiffre d’affaires mondial du secteur de 3,7 % par an entre début 2012 et fin 2015. Monter une activité dans le domaine sportif peut donc apparaître § comme une judicieuse stratégie anti-crise.

La société Urban Football, pionnière du football à cinq en France, en fournit une éclatante illustration. Depuis le le lancement de l’entreprise en 2005, son chiffre d’affaires a toujours augmenté d’une année sur l’autre. « Notre activité n’a connu aucun fléchissement pendant la crise de 2003-2009, soulignent les trois dirigeants, Nicolas Walter, Victor Augais et Aymeric de Tilly. Et le retour d’un climat économique morose au deuxième semestre 2011 s’est traduit pour nous, … par une nouvelle hausse de chiffre d’affaires! » En outre, cette croissance continue s’est effectuée de la façon la plus vertueuse qui soit, puisque l’entreprise a toujours dégagé des bénéfices. Ces performances enviables.les dirigeants d’Urban Football les attribuent à la conjonction de deux facteurs.

  • Investir dans le marché de niche des Kids

« N0us avons été les premiers au monde à annoncer la date de sortie de Toy Story 3, des cadres de Disney l’ont même appris en nous lisant », s’amuse Grégoire de Lastic, fondateur d’Actu Kids, lettre électronique de veille professionnelle.
Bien installée sur le marché de niche lié à l’univers de l’enfant, la création d’Actu Kids en 2004 est partie d’un constat simple. « Il existait de nombreuses publications spécialisées ciblées jeunes Gouets, jeux vidéo … ) mais elles se cantonnaient à leur filière. Il fallait proposer aux professionnels un lien transversal, en s’adressant non pas à un secteur en particulier mais à l’ensemble du marché de l’univers de l’enfant », explique Grégoire de Lastic.
En s’abonnant à Actu Kids, les acteurs de ce marché disposent chaque matin d’infos variées (chiffres, enquêtes … ) sur l’évolution et les tendances générales du marché des 3 à 13 ans. « En nous lisant, ils savent ce qui se passe dans les cours de récré », résume le dirigeant. En bonus, Actu Kids offre un service original de veille aux abonnés : ils peuvent contacter la rédaction pour demander un complément d’information ou un contact professionnel.

Possibilités de croissance. Résultat, en devenant incontournable dans cette niche, la petite entreprise ne connaît pas la crise. «Un marché de niche se caractérise par un descriptif précis, une taille réduite et un faible nombre d’intervenants. Souvent rentables, ces marchés sont protégés des aléas. En période de crise, intervenir sur une niche est une stratégie sécurisante », confirme Bruno Bizalion, spécialiste des marchés de niche chez BM & S. Pour autant, être sur pareil marché, ce n’est pas tirer un trait sur des ambitions de croissance, comme l’illustre le spécialiste de la décoration lumineuse Blachère Illumination. Bien que l’activité du secteur de l’illumination des villes se concentre à 95 % sur les fêtes de fin d’année, l’entreprise familiale, en étant présente dans 130 pays, réussit à dégager un chiffre d’affaires de plus de 50 millions d’euros. Alexandre Gérard, a lui aussi créé Chronoflex sur un marché de niche, la réparation en urgence des flexibles hydrauliques sur site. Quinze ans plus tard, ses 180 camions-ateliers font chaque semaine l’équivalent de quatre fois le tour de la Terre pour réparer (en moins de deux heures partout en France 1) les flexibles hydrauliques défectueux. Quant à Grégoire de Lastic, il a décidé d' » agrandir la nic he» en déclinant Actu Kids et en créant deux nouvelles lettres de veille hebdomadaires Actu Baby et Actu 15-25.

  • Pariez sur la sécurité et le besoin des clients de se rassurer

Depuis 2004, la société Picdi, créée par Bruno Baron à La Rochelle, propose de suivre grâce à des puces RFID (identification par radiofréquence) le transport de contenants et de produits. « Notre métier, c’est de développer des solutions d’ingénierie pour automatiser et sécuriser la transmission des données liées à la sécurité », explique ce jeune patron rochelais, La PME s’appuie ainsi sur la demande de traçabilité et plus largement de sécurité.
Car jouer sur la peur n’est pas seulement un argument de discours préélectoral. Le climat général d’inquiétude est de plus en plus porteur de business pour des offres « sécuritaires », Les exigences nouvelles de traçabilité mises en lumière par exemple, l’été dernier, par le besoin d’identifier la bactérie tueuse des « concombres espagnols » ont un. impact direct sur le développement d’Eurofins, un spécialiste de l’analyse de produits alimentaires et des médicaments.

Des produits alimentaires aux personnes. Autre activité « sécuritaire » de Picdi, le suivi grâce à ses puces RFID des variations de température auxquelles sont soumis les pro duits périssables (agroalimentaires, pharmaceutiques, biologiques, chimiques). Picdi a ainsi parmi ses clients la filière viande d’Intermarché SVA Jean Rozé.« Nous contrôlons les crochets, bacs, chariots, de l’abattoir jusqu’à l’entrée du magasin en passant par les plates-formes de distribution », explique Bruno Baron.
Les puces RFID permettent également de suivre une caisse de vin d’un vignoble bordelais à son arrivée en magasin au Japon afin de garantir la qualité du produit. Cette expertise technologique permet aujourd’hui à Picdi de se positionner à l’international.
Jouer sur le registre de la peur assure aussi le succès des offres de télésurveillance et de sécurité privée du groupe nazairien Seris France (numéro deux français du secteur), qui a vu son chiffre d’affaires multiplié par 50 % en cinq ans. Autres créneaux porteurs : l’authentification de documents, qui booste l’activité du groupe Hologram Industries (+ 20 % en trois ans) : ou la surveillance des personnes vulnérables, qui permet à la petite société Bluelinea qui commercialise des bracelets magnétiques servant à identifier les bébés et les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, de projeter son Introduction en Bourse sur le marché libre à Paris.
D’autres acteurs évoluant en marge du marché de la sécurité utilisent ce même ressort de la peur pour attirer des clients. Parfois de façon quasi subliminale, comme le fait Acadornia, l’un des leaders du soutien scolaire à domicile, en surfant sur l’inquiétude des parents vis-à-vis de la réussite scolaire de leurs enfants. Ou, de manière plus affirmée, le site SansBPA.com, qui pointe des raisons bien réelles d’avoir peur. Une jeune mère de famille auto-entrepreneuse, alertée par la présence de bisphénol A dans les biberons, répertorie depuis 2009 tous les récipients en plastique de substitution.

  • Vendez le « Made in France »

« Produire en France » ? Le slogan est vanté par le chef de l’État et repris par presque tous les candidats à la présidentielle. Réflexe patriotique de repli en période de crise? Pas seulement car l’affaire peut se révéler rentable. « Fabriquer en France, ça vaut le coût! Économiquement, socialement et sur le plan de l’environnement. » Vincent Gruau, PDG de Majencia, a fait un pari dans un secteur « considéré comme perdu » : arrivé fin 2004 comme directeur financier, il a réussi à sauver de la faillite Samas (devenue Majencia), fabricant centenaire de mobilier de bureau. « J’ai tout misé sur la fabrication française. »

Meilleure réponse aux besoins du client. Entre autres décisions, il a relocalisé une ligne de production de caissons mobiles partie en Chine dans les années 1990.« Le prix de revient n’y était que de 20 % inférieur et la moitié de ce gain était mangée par les coûts de transport Chine-Europe, constate Vincent Gruau. Il y avait 10 % de gain de productivité a trouver pour rendre unproduit fabriqué ici aussi compétitif qu’un produit made in China transporté.» Ce sont les ouvriers qui ont pointé l’amélioration possible: réduire le temps de manutention. La croissance repart en 2003 et ne s’est pas interrompue depuis.
La relocalisation en France répond mieux aux besoins du client: flexibilité, délais, petites commandes, « On peut fabriquer des meubles rose a pois vert, ironise l’industriel. Quand tout est sous-traité en Chine vous n’avez le choix qu’entre le noir et le gris. }) Aujourd’hui Majencia est florissante avec 104 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés en 2010 pour 2,6 millions de résultat net. Il y a quatre ans, elle réalisait 90 millions d’euros de chiffre d’affaires et perdait 20 millions d’euros, Entre-temps, fort de. ses résultats, Vincent Gruau a repris l’entreprise avec ses cadres et cofondé (avec les opticiens Atol) le Cedre, un club d’entreprises socialement responsables, qui vante les bénéfices de la relocalisation et du made in France. Faut-il voir un début d’inversion de la tendance? En tout cas, le nouveau label « Origine France Garantie » attire les candidats: ses critères sont rigoureux et vérifiés par le Bureau Veritas Certification. Plus de 500 entreprises essaient de l’obtenir. Le « made in France » s’exporte également bien. Gautier, fabricant vendéen de meubles, utilise cet argument de vente pour placer ses canapés design jusqu’en Inde. Il réalise désormais 30 % de son chiffre d’affaires (150 millions d’euros) a l’export.

  • Donnez du sens grâce au green business

Contrairement à certains opportunistes qui succombent à la tentation du greenwashing, de nombreux créateurs d’entreprise ont des gènes verts dans leur ADN. Eco-construction, produits bio, énergies renouvelables, partout le green business gagne des parts de marché. En RhôneAlpes, la société Switch Made introduit par exemple des leds, moins gourmands en watts, dans des dalles lumineuses, des lampadaires, des spots. Cette start-up lyonnaise, qui a décroché un contrat pour l’équipement des Apple Store en Europe, espère doubler son chiffre d’affaires en 2012 .. Altinnova, pour sa part, poursuit son échappée sur le marché des transports propres, avec ses stations-service pour deux-roues. Créée par une jeune ingénieure, Corinne Verdier, en 2003, l’entreprise a équipé une cinquantaine de gares rhônalpines d’abris à vélos sécurisés. Elle a implanté aussi la plus grande vélo-station française en gare de Lille Flandres.
Son chiffre d’affaires a crû de 45 % l’an dernier. Dans le secteur de l’alimentation, la société Leztroy a croqué, en un peu plus de trois ans, une part de gâteau significative dans la restauration collective avec ses menus bio. Elle fournit plus de 6000 repas par jour à des crèches, écoles, collèges, lycées et maisons de retraite en Haute-Savoie.

Circuits courts. Ces exemples ne sont pas isolés. Depuis 2005, la chaine de jardineries Botanic, créée par des horticulteurs savoyards, fait ainsi patiemment sa révolution durable. Elle a supprimé les pesticides et les engrais chimiques de ses rayons et poursuit sa croissance à un rythme soutenu. Pionnier de la distribution de produits bio, Ekibio pratique, quant à elle, le commerce équitable avec des producteurs boliviens de quinoa et les circuits courts avec des riziculteurs de Camargue et des castanéiculteurs (producteurs de châtaignes) d’Ardèche. En hausse de 8 % en 2011, les marques alimentaires du groupe ardéchois boostent son chiffre d’affaires (62 millions d’euros en 2011).

Eco-responsabilité. Tous ces « Green businessmen » cherchent à concilier croissance verte et éco-responsabilité. « Mon objectif est de montrer qu’on peut être une PME économiquement viable et faire des choses durables, écologiquement responsables », explique Vink Tijlbelt, le jeune dirigeant de L’Herbier du Diois dans la Drôme. Sous sa direction, cette entreprise, qui fournit en gros des plantes aromatiques et médicinales, des épices et des huiles essentielles issues de l’agriculture biologique, a investi 5,6 millions. d’euros, plus que son chiffre d’affaires, dans la construction d’un éco-bâtiment et l’achat de nouvelles machines. Elle a quintuplé ses effectifs salariés en sept ans: elle emploie 34 personnes aujourd’hui. Ses plantes médicinales et aromatiques connaissent des débouchés croissants dans l’agroalimentaire et dans l’industrie pharmaceutique. Son chiffre d’affaires a augmenté de 12 % en 20U à 4,4 millions d’euros. Une croissance qui ne se fait pas au détriment de certaines valeurs. Né de parents néerlandais, venus en France à la fin des années 1970, Vink Tijlbert mise sur la parité et la diversité: ses salariés sont d’origine marocaine, malienne, vietnamienne, française. En outre, le chef d’entreprise croit en l’éco-responsabilité qu’il encourage: chaque salarié qui vient à pied, à vélo, en voiture électrique au travail, qui ne consomme pas de CO2 pour se-déplacer, perçoit une prime mensuelle. de 100 euros. De quoi faire naître des vocations.

  • Prenez le low-cost comme référence

Si le bas prix suscite toujours chez le consommateur une certaine méfiance concernant le service rendu ou la qualité du produit, il n’en demeure pas moins qu’en période de crise économique, le prix est plus que jamais le référentiel numéro un.
Dans la téléphonie mobile, par exemple, les MVNO (Mobile Virtual Network Operator – opérateur virtuel sans réseau), comme Zéro Forfait (de la société Call in Europe) lancé en avril 2009, achètent des minutes aux opérateurs historiques (SFR pour Zéro Forfait) pour les revendre à moindre coût.

Solution en marque blanche. Et si les SFR, Orange et Bouygues tremblent depuis la commercialisation des forfaits de Free, et est que le gâteau, bien que toujours important, s’est réduit, les MVNO ayant conquis 7,4 % de part de marché moins de dix ans après leur apparition. Avec eux, les offres ont été bouleversées et le modèle repensé.
« Nous proposons de l’illimité à partir de 30 euros par mois, explique Patrick Gentemann, PDG de Zéro Forfait. En baissant le prix, nous avons imposé une nouvelle grille tarifaire. » Et en la matière, les barrières bougent vite. « L’année dernière, Bouygues proposait de l’illimité à 140 euros par mois », précise celui qui a égale men t fondé un autre opérateur virtuel, Futur Télécom, revendu à SFR en 2005.

Si la guerre des prix va s’intensifier du fait d’une concurrence exacerbée et imposée, l’offre elle aussi va évoluer. « Nous travaillons depuis plusieurs mois sur une offre en marque blanche que nous venons de lancer avec France Loisirs», explique Patrick Genternann, Voici donc l’opérateur virtuel vendant une solution « ultra-virtuelle », En se muant en prestataire de services, Zéro Forfait compte développer cette carte B to B to C et espère bien convaincre d’autres marques au portefeuille d’abonnés bien fourni (4 millions d’adhérents chez France Loisirs) de se lancer dans le mobile.
Disposant de son propre système d’information « développé en interne », Patrick Gentemann se verrait bien conquérir une demi-douzaine de marques pour faire grossir le nombre de ses 75000 clients actuels. Des clients auxquels Cali in Europe espère également proposer des services en plus du forfait, comme l’assurance, des jeux ou de la musique en streaming, ou encore la location de leur futur téléphone mobile: l’entreprise loue déjà 5 000 appareils avec son offre Locamobile. Des services qui sont source de plus forte rentabilité pour l’entreprise et permettent de conquérir des clients attirés par les tarifs low-cost.