Marché boursier : En attente des décisions politiques

Marché boursier : En attente de décisions politiquesLa prévision boursière est un exercice très complexe. Elle l’est encore d’avantage aujourd’hui vu les enjeux systémiques colossaux qui nous font face, elle dépend désormais beaucoup de décisions politiques.

L’ÉTÉ boursier illustre bien cette situation. En juin, les investisseur a vivaient dans la crainte d’une nouvelle crise de la zone euro et d’une rechute violente des marchés. Or, la politique «non conventionnelle» pragmatique – et menée avec une certaine liberté vis-à-vis de ses statuts – de la Banque centrale européenne, dirigée par Mario Draghi, a rassuré: les actions se sont bien tenues avec des hausses de 5 à 7% des principaux indices en juillet et août. Comme à chaque fois en Bourse, ce qui paraît tellement certain ne se produit pas…

Ralentissement occidental
Le panorama macroéconomique n’est pas fameux, mais il a le mérite d’être relativement clair: on sait que le poids des dettes en Occident est trop important et que sa diminution réduira le potentiel de croissance au cours des prochaines années. Le monde émergent va continuer à se développer à une vitesse naturellement plus rapide, mais l’impact du ralentissement occidental va se faire sentir. On le voit avec la Chine qui est en train de repenser sou modèle de croissance pour rendre le pays moins dépendant des exportations et favoriser la consommation domestique.
Les principales interrogations de cette rentrée sont donc politiques, et l’actualité sera riche.
En Europe, la situation actuelle est économiquement intenable sans nouvelle avancée politique. Les investisseurs sont prêts à investir dans des dettes à long tenue allemandes aux rendements quasi nuls et ne veulent plus de dettes italiennes et espagnoles aux rendements de plus de 5 et 6%, pourtant libellées dans la même monnaie.
Les marchés n’y croient plus, car le fonctionnement actuel de la monnaie unique n’est pas logique et sa survie est peu crédible en l’état actuel. De ce fait, les marchés donnent la solution pour la survie de l’euro: que ceux qui inspirent confiance et peuvent payer – dont la France aux yeux des marchés aux taux à dix ans de 2,15% – prennent en charge la dette des autres…

Bref, les marches demandent de fait la mutualisation des dettes! Cette décision sera prise au final par l’Allemagne, car il s’agit du pays le plus crédible et le plus important en taille. D’un côté, les eurobonds renchérissent le coût de service de la dette. Mais de l’autre, si l’euro est sauvé, les banques allemandes évitent de perdre sur leurs stocks de crédits aux pays du Sud, et le commerce extérieur du pays sera moins touché que si une vague de dévaluations se produisait en Europe, comme en 1992. Pour l’Allemagne, il s’agit d’une situation perdante-perdante. Le calcul entre les deux options est très difficile à faire, mais les spécialistes estiment que l’Allemagne aurait trop à perdre en cas d’explosion de l’euro, avec un coût estimé entre 600 et 1000 milliards d’euros. Sans parler du choc politique créé si notre monnaie unique venait à être abandonnée.

Aux États-Unis, l’actualité sera dominée par les élections présidentielles. Cette fois-ci, deux logiques bien différentes s’affrontent Les Républicains annoncent un programme très libéral, avec pour principal objectif une réduction du déficit budgétaire et de la dette. Si Mitt Romney est élu, on aura un exemple concret de l’efficacité d’une réduction «à marche forcée» des déficits, ce qui sera instructif pour l’Europe. Mais pour les marchés, le point important sera le cas de la Fed: Bernanke serait probablement remplacé, car les Républicains se montrent très critiques vis-à-vis de la politique monétaire «non-conventionnelle» actuelle. Certains évoquent même le retour d’une indexation du dollar avec l’or, et donc une nouvelle orientation politique plutôt en faveur d’un dollar fort.

Dans l’expectative pour la chine
Enfin en Chine, le marché est dans l’attente de la nomination d’un nouveau couple de dirigeants, dans le cadre d’une transition «en douceur». On ne connaît pas encore la date du prochain congrès du Parti communiste chinois qui doit procéder à ces nominations. On ne connaît pas officiellement non plus les noms des deux protagonistes, même si le prochain président sera probablement Xi Jiuping et le Premier ministre, Li Keqiang… Au final, les marchés pourraient renouer de ce fait avec une certaine volatilité, mais sur le sujet le plus épineux de l’Europe, nous avons le sentiment que personne n’a aujourd’hui intérêt à voir l’euro exploser. même l’Allemagne. La raison devrait l’emporter, et il conviendra donc de tirer parti de phases boursières plus angoissantes pour se positionner à l’achat sur de belles valeurs européennes ou américaines aux valorisations très convenables actuellement. cette volonté politique fait que le risque systémique n’est désormais pas le scénario le plus probable. Les marchés semblent li avoir compris…